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A.Lamarque : 20/11/2021



Interview - Didier Carrère-Gée : Le métier de coach en sport automobile


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Baptême sur piste, box pilotage GT, stage de perfectionnement, préparation à la compétition automobile. Tous ces événements sur piste ont besoin d’un pilote instructeur ou d’un coach en sport automobile pour accompagner les pilotes amateurs. De leurs premiers tours de roues à leur première compétition, ces acteurs clés du sport automobile sont présents pour accompagner, faire progresser et assurer la sécurité de tous.

Échange avec un coach et pilote expérimenté

Antoine Lamarque : D'où te vient ton intérêt pour le sport automobile ?

Didier Carrère-Gée : Ça date ! C’est une passion qui a commencé quand j'avais quatre/cinq ans. Je jouais au circuit électrique avec mon frère pour reproduire les 24H du Mans. C’est cette course qui a déclenché cette passion.

AL : Dans ta jeunesse tu rêvais d’être pilote professionnel et de faire carrière dans le sport automobile ?

D.C-G : Non ! C’est venu plus tard car la passion a grandi. J’ai découvert des courses qui me faisaient rêver. Le rêve c’était d’essayer d’intégrer le milieu pour pouvoir rouler, faire de la compétition et essayer de vivre de cette passion. Je n’étais pas du tout là dedans et je n'ai absolument pas été poussé par mes parents, bien au contraire.
En tant que pilote, aujourd’hui, je le suis mais ça n’est pas ma principale activité.

AL : Aujourd’hui ton activité principale c'est le coaching mais, à tes débuts, tu étais uniquement pilote. Comment est née cette vocation ?

D.C-G : J’ai commencé par une école de pilotage parce que, pour moi, c’était évident qu’il fallait apprendre. En effet, je roulais tout seul et je connaissais la théorie mais il me paraissait indispensable de passer par la case apprentissage pour bien intégrer ce milieu-là et ne pas être “à la ramasse'' dès le début ou perdre des années à apprendre seul. Faire une école de pilotage et être encadré, s’est donc imposé naturellement pour moi. J’ai fait un stage de trois jours avant de commencer ma carrière en Cross Car sur la terre (Championnat de buggy destiné aux jeunes, ndlr) puis de passer sur l’asphalte. Le passage en école a été hyper bénéfique. Ensuite, j’ai eu cette chance de monter jusqu’en Formule 3 française (Championnat de promotion de monoplace qui a eu lieu de 1964 à 2002, ndlr) en championnat B. J’ai commencé un peu sur le tard donc peu de chance d’avoir une carrière en Formule 1. C’est à ce moment là que l’idée de faire du coaching à émerger. Je me suis dit que cela pourrait être intéressant de transmettre cette passion et de faire en sorte d’aider les gens à aborder le sport automobile d’une meilleure manière.


Phto formule 3
La Formule 3 française (source : archives personnelles)

AL : Pour devenir coach, il faut commencer par obtenir le BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport). Peux-tu nous présenter ce diplôme ?

D.C-G : Quand j'ai commencé en 99, le diplôme n’existait pas. À cette époque et dans ce milieu-là, il n’y avait globalement que des gens issus de la compétition ou des moniteurs d'auto-école formés par des pilotes. Le diplôme est arrivé en 2003/2004. Il a donc fallu passer ce diplôme pour la majorité des gens. Moi, j’ai un cursus un peu particulier. J’ai fait une Validation d’Acquis de l’Expérience (VAE) parce que j’estimais ne pas avoir à payer et à rentrer dans un cursus. Il faut aussi savoir que cette formation est très onéreuse : entre 10.000 et 15.000 euros. Ce coût ne comprend pas les à-côtés comme les déplacements avec l’hôtel notamment. Finalement, ce diplôme donne accès au métier de pilote instructeur qui est assez large tout comme la palette de compétences que demande le métier. (On est alors moniteur de pilotage mais pas encore coach. ndlr). Il est obligatoire depuis 2005 et il est interdit d’enseigner contre rémunération sans diplôme.

AL : Et du coup, raconte nous l’obtention de ton BPJEPS ?

D.C-G : Je l’ai passé en 2013. J’ai donc travaillé longtemps sans le diplôme. J’ai mis à profit tout mon bagage technique et pédagogique élaboré depuis de nombreuses années pour établir une VAE. En effet, avant de faire ce métier là, je travaillais dans l’industrie en tant que commercial sédentaire mais je réalisais aussi de la formation à de la force de vente. De plus, de 2000 à 2007, j’ai travaillé pour une école de pilotage à temps plein.

AL : Aujourd’hui, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier de coach ?

D.C-G : C’est assez simple, c’est accompagner les gens quelque soit leur niveau d'expérience dans tous les aspects du sport automobile : le pilotage, la découverte des circuits pour les faire progresser, etc. Je m'attache à les faire progresser en sécurité. Quel que soit le niveau, je vais m'assurer que les bases soient en place. Être coach c’est être à l’écoute de la personne et l’accompagner dans ses objectifs.


Photo d'une séance de coaching
Une séance de coaching (source : archives personnelles)

AL : Quelles différences fais-tu entre un pilote instructeur et un coach en sport automobile ?

D.C-G : Comme je le disais plus haut, avec le BPJEPS, on peut être pilote instructeur mais être coach ça peut être un peu plus compliqué. En effet, il faut acquérir de l'expérience. Par exemple, si tu as un élève qui roule avec une 991 Cup et que tu n’as jamais roulé avec, tu ne sais pas quel est le potentiel de cette voiture. Autre exemple, s’il demande à rouler à Spa, un circuit mythique, si toi même tu ne connais pas le circuit et si tu n'as jamais roulé sur le circuit, c’est compliqué de donner des conseils à quelqu'un.

Finalement, on commence en tant que pilote instructeur voir pilote démonstrateur puisque c’est souvent des pilotes instructeurs que l’on voit sur la présentation presse. Il faut donc ensuite réussir à dériver sur le circuit progressivement. Pour cela, il faut se créer sa propre expérience : stage de drift, stage de glisse, se rendre sur différents circuits.

AL : Revenons à ton parcours. Une fois coach, tu continues ta carrière de pilote. Aujourd’hui, comment arrives tu à trouver un équilibre entre ces deux activités professionnelles très chronophages ?

D.C-G : C’est une gestion de planning ! Quand tu passes ce diplôme, tu es pilote instructeur indépendant ce qui te permet de gérer ton emploi du temps comme bon te semble. Tu gères selon les cours que tu veux donner, le programme de compétition que tu souhaites faire, etc.

AL : Pour exercer ton métier, tu es passé par une structure de formation et maintenant tu es indépendant, pourquoi ce choix ?

D.C-G : En fait, c’était dans l’évolution. J’étais pilote instructeur et puis cette structure a fait appel à moi pour développer une école de pilotage. Aujourd'hui, c’est ce qu’on voit dans les smartbox par exemple. ça n’est plus vraiment une école de pilotage mais une école d’initiation, de découverte de véhicules d’exception. Ça ne rentrait plus dans mon cursus et dans mon envie de formation. On est passé de la formation au commercial mais j'avais à cœur de transmettre ma passion et de faire performer sur circuit mes clients.

AL : Quelles sont les évolutions du métier que tu as vu en 20 ans d'activité ?

D.C-G : L’évolution du métier se situe surtout au niveau des voitures. Elles sont de plus en plus performantes. Le niveau des gentlemen (pilote non professionnel participant à des courses au volant de sa voiture ou en louant la voiture à une écurie) a évolué. Il y a donc une certaine exigence sur les niveaux de coaching. Un risque émerge pour le coach lorsqu’il est passager. La combinaison de pilotes peu expérimentés et de voitures très puissantes mets ces pilotes dans une situation qui dépasse leur niveau de compétence. Les gentlemen vont donc vite sans avoir les compétences pour le réaliser en sécurité.


Photo de voitures de coaching
Différentes voitures pour du coaching : à gauche une LMP3 et à droite une Peugeot S16 (source : archives personnelles)

AL : D’un point de vue plus général maintenant. Pour être un bon coach, faut-il continuer à piloter à haut niveau ?

D.C-G : Je te dirais oui et non. Oui car ça permet de maintenir, d’être toujours dans le rythme, mais le haut niveau pas spécialement. Non car, quand tu regardes tous les entraîneurs des sportifs de hauts niveaux, ceux sont d’anciens sportifs et ça n’est plus spécialement des gens en activités.

Il ne faut pas oublier que l’on peut être un très bon pilote et très mauvais pédagogue et inversement.

AL : Quels sont pour toi les avantages et inconvénients de ce métier de coach ?

D.C-G : Les avantages sont d’être dans le milieu du sport automobile, de transmettre, d’être indépendant. C’est un luxe aujourd’hui de vivre de sa passion !
L'inconvénient est cette atmosphère qui règne de l’autophobie dans la société. Il faut aussi chercher en permanence de nouveaux élèves. C’est le lot quotidien de beaucoup d'indépendants !
Un autre point est que l’on s’adresse des fois à des gens qui ont l’habitude de rouler et ça n’est pas toujours évident pour le client de se remettre en question et de se dire : “Tiens, je vais reprendre quelqu'un pour m’améliorer”.

AL : Que dirais-tu à un jeune qui rêve de vivre de sa passion et qui souhaiterait suivre ta voie ?

D.C-G : Je lui dirai de se former, d’engranger de l’expérience. Il faut aussi trouver quelqu'un avec qui se former, se créer son expérience, essayer de rouler quel que soit le véhicule pour progresser en pilotage. Par exemple, une Clio ou une BMW ancienne génération ça marche très bien. On apprend les bases. Il faut aussi faire une école pour se rapprocher des gens qui font ce métier et ainsi créer son propre chemin.

AL : De manière plus spécifique et pour conclure, quel conseil donnerais-tu à un jeune pilote qui débute le sport automobile ?

D.C-G : Il faut se fixer un objectif, c’est toujours important et ne pas se fermer les portes. Aujourd'hui, la Formule 1 ça peut être un objectif mais il n’y a pas que ça. J’aime aussi bien la monoplace que rouler en GT ou aller faire du rallye tout terrain. La terre c’est formateur. L'exemple de Matthias Ekström est marquant. Il a roulé en DTM, en rallycross et aujourd’hui en rallye raid. J’ai l’impression de retrouver l’esprit des années 70 où les pilotes de F1 roulaient aussi en F2, aux 24h du Mans et en Indycar. Ils étaient multicartes. Le pilotage c’est multicartes !
Pour résumer, il faut essayer de rouler, développer son réseau pour trouver des partenaires car c’est un sport onéreux et surtout faire vivre une histoire.

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